« Poésies »
Hier soir j’ai écrit un poème.
C’est la maîtresse qui a demandé à tout le monde d’écrire un poème sur un thème libre.
« Pour que chacun puisse exprimer ses idées », elle a dit.
C’était pas facile à écrire parce que je n’en ai jamais écrit alors j’ai cherché longtemps une idée pour commencer.
En fait, c’est cet imbécile de Baddredine qui m’a donné l’idée, comme ça m’énervait de ne rien trouver à dire, j’ai pensé à lui (je pense toujours à lui quand je m’énerve) et puis j’ai enfin eu l’idée d’écrire sur ma vision de la France.
C’est important ça, de parler de la France, surtout aujourd’hui, et d’expliquer vraiment ce qu’on pense face aux autres. Je voulais parler de la France parce que je trouve qu’on en parle pas assez à l’école ni partout d’ailleurs. Pour moi c’est quelque chose qui compte parce que mon pays je l’aime beaucoup. La France a toujours été un grand pays, peuplé de grands hommes, comme mon papa et le Général De Gaulle. Moi il y en a un que j’aime beaucoup aussi c’est Napoléon, je ne sais pas bien pourquoi (parce qu’il fait un peu peur pourtant) mais j’aime beaucoup lire des histoires sur lui.
Enfin, quoiqu’il en soit, j’ai été à l’école ce matin-là et quand tout le monde était bien assis dans la classe et que la maîtresse est arrivé, on a commencé à travailler.
La maîtresse a demandé qui avait écrit un poème et la moitié de la classe a levé la main. La maîtresse était contente mais pas trop.
Elle trouvait triste que certains n’aient rien écrit mais elle était heureuse que les autres si.
Elle a demandé : « Qui veut lire sa poésie en premier ? »
Personne n’a répondu et j’ai toussé. Comme il n’y avait pas un bruit, en toussant j’ai attiré l’attention sur moi sans le faire exprès et vu que j’avais levé le doigt elle m’a interrogé :
« Nicolas ? Vous voudrez bien lire à voix haute votre poésie et nous dire quel thème vous avez choisi ? »
J’ai répondu oui, j’étais rouge jusqu’aux oreilles. J’avais peur que les autres se moquent de moi mais j’ai pris mon courage à deux mains.
« C’est sur la France » j’ai dit.
Et j’ai lu mon poème.
« France,
Ton prénom résonne dans ma tête
Comme un souvenir douloureux
Où sont les joies des jours de fête
Et le bonheur dans tes grands yeux ?
Tes enfants brûlent des autos
Ou refusent d’aller travailler
Préfèrent vivre en assistés
Plutôt que de se lever tôt
Pourtant, O France, pays chéri
Tu es la plus belle des patries
Ton histoire est si généreuse
Que tu as tout pour être heureuse
Ma France, elle a 35 ans
Quand le petit Napoléon
Devient empereur le plus grand
De l’histoire de notre Nation
Ma France, elle a 60 ans
Quand le Maréchal Pétain
Grâce à son courage étonnant
Gagne la bataille de Verdun
Pourtant, O France, pays maudit
Par des gens qui n’ont rien compris
Ceux là qui ne t’aiment pas qu’ils partent
En charter ou à quatre pattes »

J’avais terminé. J’ai regardé la maîtresse et elle faisait de gros yeux ! On aurait dit qu’elle n’était pas contente de mon poème alors je suis devenu triste. Puis elle a dit :
« Nicolas, ce poème, vous l’avez écrit tout seul ? »
« Oui. »
« Alors ce sont vos idées personnelles ? »
« Oui. »
« Hem…merci Nicolas. C’est assez bien écrit, un peu maladroit parfois mais il y a un style. Ce sont les idées qui me semblent un peu…enfin, le choix des personnages qui…Bon ! Bref, passons au suivant, qui veut lire sa poésie ? »
Comme Baddredine avait levé la main, la maîtresse lui a demandé de lire la sienne (évidemment Baddredine c’est un peu son nouveau chouchou à la maîtresse).
« C’est sur la France aussi ! » Il a dit.
Quel toupet !
Puis il a commencé à lire.
« France : ma terre d’accueil
Tu m’as sauvé de ces écueils
Qui auraient pu me faire bien mal
Là-bas dans mon pays natal
En le quittant j’ai tant souffert
De laisser au loin mes copains
Mais quand j’ai vu tes bras ouverts
A mon tour j’ai tendu la main
Depuis je suis un petit peu triste
Car des Français me crachent dessus
Des grands méchants, des extrémistes
Qui se moquent de moi dans la rue
Pourtant moi je voudrais leur dire
Que la France n’est plus un empire
Que ses enfants sont colorés
Qu’ensemble on peut tout faire changer ! »
C’était fini. Un grand silence régnait dans la classe et la maîtresse semblait essuyer une larme sur sa joue.
« Un peu court son poème ! »- j’ai pensé…mais la maîtresse elle, elle s’est levé et avec un grand sourire elle a même applaudi, elle semblait vraiment contente et ça m’a vexé encore plus !
« Bravo Baddredine, c’est très très bien ! » - elle a dit !
« Le propos est fin, les idées sont belles, il y a de l’émotion et c’est très beau !!! »
Elle exagérait vraiment mais alors vraiment beaucoup !
Après j’étais tellement colère que je n’arrêtais pas d’y penser, je ne sais même pas ce qui s’est passé ensuite, je crois que d’autres ont lu leurs poèmes mais je n’écoutais plus. Je ne voulais plus faire qu’une seule chose : c’était rentrer chez moi et me jeter dans les bras de maman.
Maman, elle au moins elle sait me consoler !