Lundi 2 avril 2007
« Le nouveau surveillant.»

Le directeur est venu nous voir ce matin dans la classe pour nous dire que le nouveau surveillant allait arriver aujourd’hui.
Il avait l’air drôlement inquiet le directeur mais personne n’a rien dit, sauf François*, qui est le premier de la classe et qui a levé le doigt pour dire qu’il était content. Même la maîtresse elle n’a rien dit. Quand le directeur est parti, Jean-Marie a regardé Baddredine et il a dit qu’il n’y en avait qu’un a surveiller ici, et qu’il s’en chargeait, mais la maîtresse lui a demandé de se taire. Moi j’aurais bien voulu dire aussi que je surveillais bien quand la maîtresse était pas là  et que j’avais toujours des tas d’idées pour des punitions marrantes mais la cloche a sonné et on est tous sorti en courant, pour jouer au foot. Sauf François qui joue jamais au foot parce qu’il dit qu’avec ses lunettes, ça peut être dangereux pour nous.

C’est quand Jean-Marie a tiré son penalty qu’on a vu que le nouveau surveillant était là. Parce que Jean-Marie, il ne voit plus d’un œil à cause d’une bagarre alors comme d’habitude il a tiré tout droit et de toute ses forces. Et il a raté les buts, faits avec nos pulls posés par terre, mais il a très bien visé le nez du surveillant avec un chouette de costume tout neuf mieux encore que celui du directeur le jour où l’inspecteur est venu nous voir. On s’est tous tus, parce qu’un monsieur avec une cravate, sans cheveux et avec un nez tout violet et plein de sang, ça promet toujours le pire. Même quand c’est pas un surveillant. Il n’y a que Jean-Marie qui criait que c’était la faute à Baddredine, que c’est lui qui l’avait poussé dans le dos et que pousser quelqu’un dans le dos ça ne se fait pas, même dans l’eau.
« C’est pas juste » il disait,
« La preuve : même les policiers ont pas droit de le faire, c’est mon père qui me l’a dit ».

Moi j’aime bien, quand on va à la piscine, pousser les grands tout maigres dans le dos, pour qu’ils ratent leur plongeon.
Mais j’ai gardé ça pour moi.

Le surveillant s’est approché de nous, la tête toute rouge en tenant son mouchoir de dentelle sur son nez. Ça gouttait sur sa veste et même sur le bout de ses chaussures.


C’est François qui a parlé le premier, en disant que c’était pas lui, parce qu’il peut pas jouer au foot à cause de ses lunettes. Et alors tout le monde s’est mis à expliquer que c’était pas lui. Et tout le monde a montré du doigt Jean-Marie qui tenait déjà Baddredine par le col pour lui flanquer le point sur la figure.

« Je vous demande de vous arrêter ! » a dit le nouveau surveillant. Il avait une voix bizarre comme quand Philippe imite Louis XIV pendant le cours d’histoire.
Alors nous, on a continué à crier et ça commençait à mal tourner. J’en ai profité pour donner un coup de pied à François parce qu’on peut pas lui taper sur la figure à cause de ses lunettes.

« Je vous demande de vous arrêter ! » a encore dit le nouveau surveillant, en restant debout devant nous avec son mouchoir qu’était devenu aussi rouge que son nez et avec sa voix toute calme.

Alors je ne sais pas très bien ce qui m’a pris mais j’ai moi aussi crié à tous les autres :
« JE VOUS DEMANDE DE VOUS ARRETER » et comme François était à coté de moi, je lui ai redonné un coup sur le tibia. C’est tonton Charles, il m’a toujours dit qu’il fallait taper du point sur la table, quand on voulait que les autres écoutent. Mais j’étais pas à table alors le tibia de François c’était bien pratique quand même.
Y’a François qui a hurlé et juste comme le directeur arrivait, il y a eu un grand silence. J’ai bien vu le nouveau surveillant qui me regardait.

« Mes enfants a dit le directeur, vous êtes incorrigibles. Vous auriez du accueillir M. Edouard avec beaucoup de gentillesse. C’est votre nouveau surveillant. Et vous devez lui obéir ».
« Même toi Jean-Marie » a rajouté le directeur l’air pas content du tout.
« Nous parlerons de ta retenue plus tard… »
« Merci monsieur le directeur » a dit alors le surveillant, en parlant un peu du nez quand même.
« Allez, en classe, rejoignez votre maîtresse ».

Et comme tout le monde se mettait en rang, le surveillant s’est approché de moi.
« J’aurais pas tiré le penalty comme ça, moi monsieur !» je lui ai dit.
« C’est Jean-Marie. C’est lui qui a tiré… »
« Dis moi ton nom mon petit »
« Nicolas, M’sieur »
« C’est pas bien de trahir ses petits camarades » il a répondu avec sa poche sous le menton qui tremblait un peu.
« Mais c’est gentil de me le dire quand même » et il m’a donné une petite tape sur l’épaule.

Moi je l’ai trouvé assez chouette le nouveau surveillant. Mais je ne l’ai dit à personne de la classe. J’ai tout gardé pour moi. On ne sait jamais avec les copains. Il y en a toujours des jaloux…

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* Il faut savoir que dans la classe, il y a deux François, il y a François qui a des lunettes et qu’on appelle parfois « François 1er » parce que c’est le 1er de la classe (et un fayot), et François tout court, qui n’a pas de lunettes et qui est le chouchou de la maîtresse. Mais un jour, je vous ferais des dessins de tous les copains pour que vous compreniez bien. Là c'est de François "1er" que je parle.
par Gosse cynique publié dans : lepetitnicolas
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