Lundi 18 juin 2007
Bonjour à toutes et à tous...
Gosse Cynique et Samplé vous font de plates excuses, honteux de ne pas avoir retranscrit les dernières aventures du Petit Nicolas et de ses amis sur ce blog, depuis le 4 mai dernier.
Lors de sa dernière aventure, le Petit Nicolas a été élu "délégué de la classe"...au grand désarroi de ses petits camarades.
Aussi, Nicolas, extrêmement sollicité par ses nouvelles fonctions, qui le mobilisent chaque jour, n'a pu nous faire parvenir ses dernières petites histoires et nous nous excusons d'avoir laissé ce vide abyssal s'installer !
Qu'à cela ne tienne, nous avons depuis quelques jours renoué des liens ténus avec le nouveau délégué de la classe et nous vous ferons parvenir sous peu quelques nouvelles aventures, dans lesquelles vous retrouverez toute la fraîcheur et la légèreté que vous affectionnez tant !
A bientôt donc, revenez nous voir de temps en temps !

Les auteurs.
par Gosse cynique publié dans : lepetitnicolas
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Vendredi 4 mai 2007
« L'élection des délégués.»

Aujourd'hui on a élu le délégué de la classe. Et dès le début ça a été un sacré chahut. La maîtresse avait l'air pourtant toute contente le matin en nous disant que c'était un jour un peu spécial et qu'on allait être de vrais citoyens.
Comme nos parents elle a dit.

« Vous allez élire aujourd'hui les délégués de la classe »
« C'est quoi un délégué » a tout de suite demandé Jean-Marie.
« C'est une personne en qui tu as confiance et qui est chargé de représenter la classe pendant les conseils de classe, de dire aux adultes ce que pensent les élèves ? »
« Pourquoi on doit l'élire alors ? » a répondu Jean-Marie en coupant la parole a la maîtresse.
« Parce que c'est ça la démocratie »
Alors Jean-Marie il s'est levé et il a dit qu'il était délégué de la classe depuis longtemps. « Depuis toujours même » il a rajouté. Alors moi aussi je me suis levé et j'ai dit qu'on était tous les deux les délégués de la classe. Surtout moi.
« Et  depuis avant toujours » j'ai rajouté.

Alors la maîtresse elle s'est fâchée très vite et pour de bon en nous disant qu'on n'étaient vraiment pas gentils et que la démocratie ce n'était pas ça du tout mais qu'il fallait voter.
Que c'est nos camarades de classe qui devaient dire qui était le délégué.
« Vu que François il joue pas au foot il a pas le droit de voter et il peut pas être délégué » a dit Philippe en imitant Louis XIV sur son trône.
« Baddredine non plus » a dit Jean-Marie. « ça c'est pas possible ! C'est pas possible du tout du tout ».
Moi j'aime bien quand il s'énerve un peu Jean-Marie et qu'il dit « du tout du tout », ça me fait toujours penser à Tonton Charles, mais en moins drôle.
François aussi il s'est levé et a demandé pourquoi c'est pas le premier de la classe le délégué. « Comme ça on s'ennuierait pas avec des élections et on pourrait vraiment travailler ».

La maîtresse elle commençait à devenir toute rouge parce que tout le monde se levait pour dire que ça servait a rien.
« Et pourquoi c'est pas le meilleur au foot qui serait délégué ? » a crié Fabien.
« ASSEZ !!!» « La démocratie c'est d'abord écouter les autres » a dit la maîtresse. « Alors écoutez moi ou je vais être obligée de mettre toute la classe en retenue ».
« Pas moi madame j'ai rien fait » j'ai dit parce que je trouvais ça pas juste d'aller en retenue alors que j'avais été sage.
« Nicolas, tu veux te présenter pour être délégué ? » m'a interrogé la maîtresse avec sa voix de colère.
« Ben ça dépend de ce qu'il faut faire pour être délégué »
« Si c'est comme avec M. Edouard, le surveillant, et qu'il faut toujours lui donner nos bonbons pour qu'il nous donne pas de punitions, moi je veux bien. Comme ça je demanderais des bonbons à tout le monde pour que je le défende ».

La maîtresse elle est devenue rouge, et puis ensuite verte et puis vraiment blanche comme Tatie Arlette quand elle était à table à coté de Tonton Charles le jour de ma communion.
C'est à ce moment là qu'Olivier a lancé une super bonne idée. C'est mon voisin en classe et il a toujours des idées terribles pour tout mélanger ce qu'on avait décidé au départ.
« Et si on était tous délégués ? hein ? comme ça tout le monde serait le délégué de tout le monde ! »

La Maîtresse elle a marché vers le fond de la classe doucement, toujours un peu verte et un peu blanche et toujours sans rien dire.
« Baddredine il peut pas être délégué ! » a hurlé Jean-Marie en lui mettant une grande claque derrière la tête.
Et Baddredine lui a donné un grand coup de tête dans le nez qui s'est mis à saigner vraiment fort.
« Moi je serais le chef de tous les délégués alors » j'ai dit à Olivier.
« Non c'est moi qu'à eu l'idée » il m'a répondu et on a commencé à se battre.
François il disait lui que de toute façon, il était vraiment le meilleur d'entre nous, que c'était pas Alain, alors que c'était normal, qu'il allait être le chef et que d'ailleurs le directeur il serait sûrement d'accord avec lui.
On s'est levé tous les deux avec Olivier et on lui a mis une claque et ça nous a détendu.
La maîtresse elle s'est assise au fond de la classe, toujours un peu plus verte et un peu plus blanche.

« A moi mes fidèèèèles !! Ralliez vous à mon panache ! » a hurlé Philippe, à califourchon sur sa chaise qu'il prenait pour un cheval en mettant de grands coups de talons par terre comme s'il avait des éperons.

Et juste comme je renversais mon encrier sur la tête à Olivier, M. Edouard est rentré dans la classe en frappant dans ses mains.
« Je vous demande de vous arrêter » il a dit comme d'habitude.
« Où est votre maîtresse ? » il a demandé.
« Je suis là » elle a répondu, avec sa voix qui pleurait.
Alors on s'est tous retourné et on l'a vu, assise par terre avec sa peau toute blanche et ses yeux tout rouges.
« M'sieur c'est génial la démocratie mais y'en a qui font rien qu'à mettre du bazard » je lui ai dit à M. Edouard.
«  Vous élisiez vos délégués, c'est ça ? »
« Oui M'sieur Edouard » j'ai répondu en me mettant debout.
« C'est bien. Mais pourquoi tant de bruit mes enfants ? pourquoi ne pas être sages ? Regardez Nicolas, il ferait un parfait délégué, non ? »
« Y'a Olivier il m'a renversé son encrier dessus parce qu'il veut pas que je sois chef des délégués » j'ai dit tout doucement.
« Alors il sera puni » a dit le surveillant.
« Donc Nicolas tu es le délégué. Et voilà une affaire qui est close ».

Et voyant les gros yeux de Monsieur Edouard, personne n'a rien dit surtout qu'on était très embêté parce que la maîtresse elle pleurait encore et qu'elle se mouchait très fort dans le fond de la classe. Et ça se fait pas de se moucher comme ça.
La cloche a sonné. On est tous sorti très vite et j'en ai profité pour faire un croche patte à françois.
« Puisque je suis le délégué c'est moi qui choisis les équipes » j'ai crié.
J'ai regardé la maîtresse qui sortait elle aussi de la classe et je lui ai dit que j'aimais bien la démocratie moi.
Elle s'est assise sous le préau. Je crois bien qu'elle pleurait encore.

Elle devait être sacrément contente de nous pour pleurer comme ça.
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Lundi 2 avril 2007
« Le nouveau surveillant.»

Le directeur est venu nous voir ce matin dans la classe pour nous dire que le nouveau surveillant allait arriver aujourd’hui.
Il avait l’air drôlement inquiet le directeur mais personne n’a rien dit, sauf François*, qui est le premier de la classe et qui a levé le doigt pour dire qu’il était content. Même la maîtresse elle n’a rien dit. Quand le directeur est parti, Jean-Marie a regardé Baddredine et il a dit qu’il n’y en avait qu’un a surveiller ici, et qu’il s’en chargeait, mais la maîtresse lui a demandé de se taire. Moi j’aurais bien voulu dire aussi que je surveillais bien quand la maîtresse était pas là  et que j’avais toujours des tas d’idées pour des punitions marrantes mais la cloche a sonné et on est tous sorti en courant, pour jouer au foot. Sauf François qui joue jamais au foot parce qu’il dit qu’avec ses lunettes, ça peut être dangereux pour nous.

C’est quand Jean-Marie a tiré son penalty qu’on a vu que le nouveau surveillant était là. Parce que Jean-Marie, il ne voit plus d’un œil à cause d’une bagarre alors comme d’habitude il a tiré tout droit et de toute ses forces. Et il a raté les buts, faits avec nos pulls posés par terre, mais il a très bien visé le nez du surveillant avec un chouette de costume tout neuf mieux encore que celui du directeur le jour où l’inspecteur est venu nous voir. On s’est tous tus, parce qu’un monsieur avec une cravate, sans cheveux et avec un nez tout violet et plein de sang, ça promet toujours le pire. Même quand c’est pas un surveillant. Il n’y a que Jean-Marie qui criait que c’était la faute à Baddredine, que c’est lui qui l’avait poussé dans le dos et que pousser quelqu’un dans le dos ça ne se fait pas, même dans l’eau.
« C’est pas juste » il disait,
« La preuve : même les policiers ont pas droit de le faire, c’est mon père qui me l’a dit ».

Moi j’aime bien, quand on va à la piscine, pousser les grands tout maigres dans le dos, pour qu’ils ratent leur plongeon.
Mais j’ai gardé ça pour moi.

Le surveillant s’est approché de nous, la tête toute rouge en tenant son mouchoir de dentelle sur son nez. Ça gouttait sur sa veste et même sur le bout de ses chaussures.


C’est François qui a parlé le premier, en disant que c’était pas lui, parce qu’il peut pas jouer au foot à cause de ses lunettes. Et alors tout le monde s’est mis à expliquer que c’était pas lui. Et tout le monde a montré du doigt Jean-Marie qui tenait déjà Baddredine par le col pour lui flanquer le point sur la figure.

« Je vous demande de vous arrêter ! » a dit le nouveau surveillant. Il avait une voix bizarre comme quand Philippe imite Louis XIV pendant le cours d’histoire.
Alors nous, on a continué à crier et ça commençait à mal tourner. J’en ai profité pour donner un coup de pied à François parce qu’on peut pas lui taper sur la figure à cause de ses lunettes.

« Je vous demande de vous arrêter ! » a encore dit le nouveau surveillant, en restant debout devant nous avec son mouchoir qu’était devenu aussi rouge que son nez et avec sa voix toute calme.

Alors je ne sais pas très bien ce qui m’a pris mais j’ai moi aussi crié à tous les autres :
« JE VOUS DEMANDE DE VOUS ARRETER » et comme François était à coté de moi, je lui ai redonné un coup sur le tibia. C’est tonton Charles, il m’a toujours dit qu’il fallait taper du point sur la table, quand on voulait que les autres écoutent. Mais j’étais pas à table alors le tibia de François c’était bien pratique quand même.
Y’a François qui a hurlé et juste comme le directeur arrivait, il y a eu un grand silence. J’ai bien vu le nouveau surveillant qui me regardait.

« Mes enfants a dit le directeur, vous êtes incorrigibles. Vous auriez du accueillir M. Edouard avec beaucoup de gentillesse. C’est votre nouveau surveillant. Et vous devez lui obéir ».
« Même toi Jean-Marie » a rajouté le directeur l’air pas content du tout.
« Nous parlerons de ta retenue plus tard… »
« Merci monsieur le directeur » a dit alors le surveillant, en parlant un peu du nez quand même.
« Allez, en classe, rejoignez votre maîtresse ».

Et comme tout le monde se mettait en rang, le surveillant s’est approché de moi.
« J’aurais pas tiré le penalty comme ça, moi monsieur !» je lui ai dit.
« C’est Jean-Marie. C’est lui qui a tiré… »
« Dis moi ton nom mon petit »
« Nicolas, M’sieur »
« C’est pas bien de trahir ses petits camarades » il a répondu avec sa poche sous le menton qui tremblait un peu.
« Mais c’est gentil de me le dire quand même » et il m’a donné une petite tape sur l’épaule.

Moi je l’ai trouvé assez chouette le nouveau surveillant. Mais je ne l’ai dit à personne de la classe. J’ai tout gardé pour moi. On ne sait jamais avec les copains. Il y en a toujours des jaloux…

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* Il faut savoir que dans la classe, il y a deux François, il y a François qui a des lunettes et qu’on appelle parfois « François 1er » parce que c’est le 1er de la classe (et un fayot), et François tout court, qui n’a pas de lunettes et qui est le chouchou de la maîtresse. Mais un jour, je vous ferais des dessins de tous les copains pour que vous compreniez bien. Là c'est de François "1er" que je parle.
par Gosse cynique publié dans : lepetitnicolas
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Samedi 24 mars 2007
« La délation. »

Alors ça s’est passé comme ça : il y avait Jean-Marie qui se battait dans la cour pendant la récréation avec Cesare.
C’était lundi.

Cesare c’est un fils d’immigré italien, moi je le trouve un peu bizarre parce qu’il dit toujours des trucs pas vraiment bien sur l’école et sur tout le monde.
 Il dit souvent :
« L’école c’est n’importe quoi ! La vraie vie c’est dans la rue que ça se passe et pas sur les bancs de l’école ! »
Moi je ne suis jamais d’accord avec lui et Jean-Marie non plus, d’ailleurs, c’est un peu pour ça qu’ils se battent tout le temps.
Cesare, il n’est pas dans notre classe mais à la récréation tout le monde est mélangé, alors on peut quand même se battre ensemble.

Là, Jean-Marie il était mal parti, Cesare lui a donné plein de coups de pied et puis aussi des coups de poing, même qu’il commençait à saigner du nez et qu’il se tenait la main droite parce qu’il s’était tordu l’index.
Heureusement, le bouillon il n’a rien vu car il était occupé avec Philippe, José, Alain et même Olivier qui se battaient aussi. En fait pratiquement tout le monde se battait ce jour-là, sauf François, le chouchou de la maîtresse, Badreddine qui était malade, d’autres copains et moi.

Moi je regardais…ça me fait rire de regarder les autres se battre mais je préfère pas m’en mêler.
Enfin, la récré a sonnée et on est rentré dans la classe.

Pendant l’après-midi, Jean-Marie il était un peu malade car son nez n’arrêtait pas de couler et il se plaignait de son doigt.
Ce n’est pas son truc, à Jean-Marie, de se plaindre, alors là, on savait tous qu’il disait vrai et qu’il avait vraiment mal. Et puis la maîtresse l’a pris par la main pour l’emmener à l’infirmerie (pourtant elle ne l’aime pas trop Jean-Marie, à cause qu’il se bat tout le temps et qu’il dit des sales blagues qui dissipent tout le monde). Nous, on rigolait bien parce qu’on sait que Jean-Marie il se croit toujours le plus fort, et de le voir pleurnicher avec la maîtresse qui le prenait pour un bébé, c’était cocasse !



Seulement Jean-Marie, il n’est jamais revenu ce jour-là et le lendemain non plus.

Mercredi on a pas école alors l’après-midi, je suis resté chez moi.
Je jouais dans ma chambre quand on a sonné à la porte, maman est allé voir et je suis descendu aussi, pour savoir qui venait.
J’ai reconnu alors la maman de Jean-Marie puis maman m’a appelé.

La maman de Jean-Marie, elle était énervée parce que Jean-Marie était encore malade, à cause de la bagarre avec Cesare.
Alors elle a demandé à ma maman si je pouvais venir avec elle demain, parler de la bagarre avec le directeur. En fait elle voulait que je dise avec qui Jean-Marie s’était battu pour punir Cesare parce que le directeur ne croit plus ce que dit Jean-Marie.

« Il ne veut rien savoir et dit que Jean-marie se bat tout le temps avec tout le monde,  que c’est de sa faute s’il est dans cet état ! Mais ça ne se passera pas comme ça, mon Jean-Marie ne ferait pas de mal à une mouche et je vais porter plainte ». C’était ce que disait la maman de Jean-Marie.

A cause que Jean-Marie il se bat souvent, le directeur ne veut plus qu’il vienne se plaindre quand c’est lui qui a perdu mais là, Jean-Marie était vraiment malade alors sa maman voulait que je dise la vérité pour que le directeur fasse quelque chose. Si je défendais Jean-Marie, le directeur pourrait faire quelque chose contre Cesare, elle pensait, sa maman.

Moi j’étais plutôt d’accord, même si ce n’est pas vraiment vrai, parce que je préfère Jean-Marie à Cesare qui n’est même pas dans notre classe et qui nous embête souvent !
Moi je trouve ça normal, aussi, j’ai dit que je voulais bien.

Maman m’a dit :
« Tu es sûr, Nicolas ? Il ne faudra pas dire de sottises car c’est important pour tes camarades cette histoire, il ne faut pas mentir mais dire la vérité ! »
J’ai dit que oui, je voulais bien y aller, chez le directeur.

Jeudi, la maman de Jean-Marie est venu me chercher et on est allé à l’école pour voir le directeur avant d’entrer en classe.
La maîtresse était au courant, alors elle n’a rien dit quand je suis arrivé en retard.

Et moi j’ai dit au directeur que c’est Cesare qui a commencé, qu’il n’arrête pas d’embêter tout le monde, que Jean-marie n’avait rien fait et que j’avais essayé de les séparer (ça ce n’est pas vrai mais ce n’est pas un gros mensonge).
Alors le directeur a dit qu’il allait faire quelque chose.


Le lendemain Cesare n’était plus à l’école et Jean-marie est revenu.

Il avait l’air bien content, jean-Marie et depuis, je suis devenu encore plus son ami.


par Gosse cynique publié dans : lepetitnicolas
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Samedi 10 mars 2007
« Poésies »


Hier soir j’ai écrit un poème.
C’est la maîtresse qui a demandé à tout le monde d’écrire un poème sur un thème libre.

« Pour que chacun puisse exprimer ses idées », elle a dit.

C’était pas facile à écrire parce que je n’en ai jamais écrit alors j’ai cherché longtemps une idée pour commencer.
En fait, c’est cet imbécile de Baddredine qui m’a donné l’idée, comme ça m’énervait de ne rien trouver à dire, j’ai pensé à lui (je pense toujours à lui quand je m’énerve) et puis j’ai enfin eu l’idée d’écrire sur ma vision de la France.

C’est important ça, de parler de la France, surtout aujourd’hui, et d’expliquer vraiment ce qu’on pense face aux autres. Je voulais parler de la France parce que je trouve qu’on en parle pas assez à l’école ni partout d’ailleurs. Pour moi c’est quelque chose qui compte parce que mon pays je l’aime beaucoup. La France a toujours été un grand pays, peuplé de grands hommes, comme mon papa et le Général De Gaulle. Moi il y en a un que j’aime beaucoup aussi c’est Napoléon, je ne sais pas bien pourquoi (parce qu’il fait un peu peur pourtant) mais j’aime beaucoup lire des histoires sur lui.

Enfin, quoiqu’il en soit, j’ai été à l’école ce matin-là et quand tout le monde était bien assis dans la classe et que la maîtresse est arrivé, on a commencé à travailler.

La maîtresse a demandé qui avait écrit un poème et la moitié de la classe a levé la main. La maîtresse était contente mais pas trop.
Elle trouvait triste que certains n’aient rien écrit mais elle était heureuse que les autres si.
Elle a demandé : « Qui veut lire sa poésie en premier ? »

Personne n’a répondu et j’ai toussé. Comme il n’y avait pas un bruit, en toussant j’ai attiré l’attention sur moi sans le faire exprès et vu que j’avais levé le doigt elle m’a interrogé :

« Nicolas ? Vous voudrez bien lire à voix haute votre poésie et nous dire quel thème vous avez choisi ? »

J’ai répondu oui, j’étais rouge jusqu’aux oreilles. J’avais peur que les autres se moquent de moi mais j’ai pris mon courage à deux mains.

« C’est sur la France » j’ai dit.

Et j’ai lu mon poème.
 
« France,

Ton prénom résonne dans ma tête
Comme un souvenir douloureux

Où sont les joies des jours de fête
Et le bonheur dans tes grands yeux ?

Tes enfants brûlent des autos
Ou refusent d’aller travailler
Préfèrent vivre en assistés
Plutôt que de se lever tôt

Pourtant, O France, pays chéri

Tu es la plus belle des patries
Ton histoire est si généreuse
Que tu as tout pour être heureuse

Ma France, elle a 35 ans
Quand le petit Napoléon
Devient empereur le plus grand
De l’histoire de notre Nation
Ma France, elle a 60 ans
Quand le Maréchal Pétain
Grâce à son courage étonnant
Gagne la bataille de Verdun
 
Pourtant, O France, pays maudit

Par des gens qui n’ont rien compris

Ceux là qui ne t’aiment pas qu’ils partent

En charter ou à quatre pattes »


J’avais terminé. J’ai regardé la maîtresse et elle faisait de gros yeux ! On aurait dit qu’elle n’était pas contente de mon poème alors je suis devenu triste. Puis elle a dit :

« Nicolas, ce poème, vous l’avez écrit tout seul ? »

« Oui. »

« Alors ce sont vos idées personnelles ? »

« Oui. »

« Hem…merci Nicolas. C’est assez bien écrit, un peu maladroit parfois mais il y a un style. Ce sont les idées qui me semblent un peu…enfin, le choix des personnages qui…Bon ! Bref, passons au suivant, qui veut lire sa poésie ? »

Comme Baddredine avait levé la main, la maîtresse lui a demandé de lire la sienne (évidemment Baddredine c’est un peu son nouveau chouchou à la maîtresse).
 
« C’est sur la France aussi ! » Il a dit.
Quel toupet !
Puis il a commencé à lire.
 
« France : ma terre d’accueil
Tu m’as sauvé de ces écueils
Qui auraient pu me faire bien mal
Là-bas dans mon pays natal
 
En le quittant j’ai tant souffert
De laisser au loin mes copains
Mais quand j’ai vu tes bras ouverts
A mon tour j’ai tendu la main
 
Depuis je suis un petit peu triste
Car des Français me crachent dessus
Des grands méchants, des extrémistes
Qui se moquent de moi dans la rue
 
Pourtant moi je voudrais leur dire
Que la France n’est plus un empire
Que ses enfants sont colorés
Qu’ensemble on peut tout faire changer ! »
 
C’était fini. Un grand silence régnait dans la classe et la maîtresse semblait essuyer une larme sur sa joue.

« Un peu court son poème ! »- j’ai pensé…mais la maîtresse elle, elle s’est levé et avec un grand sourire elle a même applaudi, elle semblait vraiment contente et ça m’a vexé encore plus !

« Bravo Baddredine, c’est très très bien ! » - elle a dit !

« Le propos est fin, les idées sont belles, il y a de l’émotion et c’est très beau !!! »

Elle exagérait vraiment mais alors vraiment beaucoup !

 
Après j’étais tellement colère que je n’arrêtais pas d’y penser, je ne sais même pas ce qui s’est passé ensuite, je crois que d’autres ont lu leurs poèmes mais je n’écoutais plus. Je ne voulais plus faire qu’une seule chose : c’était rentrer chez moi et me jeter dans les bras de maman.
 
Maman, elle au moins elle sait me consoler !
par Gosse cynique publié dans : lepetitnicolas
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